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Il s'appelait Denko SISSOKO

  • Six organisations demandent l’ouverture d’une enquête sur la mort d’un mineur isolé

    20170111_145848.jpgLe 6 janvier dernier, Denko Sissoko, un jeune Malien de dix-sept ans s’est tué en sautant du huitième étage d’un centre d’hébergement dans lequel l’avaient placé les services de l’aide sociale à l’enfance du conseil départemental de la Marne.

    Comme tant d’autres mineurs isolés étrangers, Denko Sissoko avait dû affronter un long et éprouvant voyage avant d’arriver en France.

    Comme tant d’autres mineurs isolés étrangers, il n’avait bénéficié d’aucune prise en charge spécifique permettant de repérer les traumatismes liés à son parcours et son isolement.

    Comme tant d’autres mineurs isolés étrangers, il vivait dans l’angoisse de l’attente des conclusions de l’évaluation des services départementaux susceptibles de remettre en cause son âge et son isolement.

    Au lieu d’être pris en charge dans une structure adaptée à sa qualité de mineur en danger, Denko Sissoko a été placé dans un centre pour adultes en grande précarité, sans accompagnement éducatif, médical et psychologique digne de ce nom. Il y a été maintenu pendant trois mois dans une situation d’isolement et d’incertitude qui n’a pu qu’aggraver sa détresse. Son décès est, pour nous, la conséquence directe d’un défaut de suivi et d’un ensemble de négligences et d’imprudences dont il convient de rechercher les responsables.

    C’est pourquoi nos organisations viennent d’écrire au procureur de la République du tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne pour appuyer la plainte déposée par ses parents.

    Paris, le 10 mai 2017
     
     
    • DEI-France (Défense des enfants international)
    • Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s)
    • La Voix De l’Enfant
    • LDH (Ligue des droits de l’Homme)
    • MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)
    • RESF (Réseau éducation sans frontières)

    http://www.gisti.org/spip.php?article5676

  • Pour que lumière soit faite et justice rendue, les parents de Denko Sissoko portent plainte contre X

    Communiqué de presse du 28 mars 2017 émanant du RESF 51 et de la LJDH Mali

     

    Âgé de 16 ans et originaire du Mali, M. Denko SISSOKO, est arrivé  seul  en France en octobre 2016 après avoir traversé plusieurs pays d’Afrique et la Méditerranée dans des conditions dangereuses.

    A son arrivée et comme il était en possession de documents l’identifiant comme mineur, il a été confié par le Procureur de la République à l'Aide Sociale à l'Enfance de  la Marne et hébergé au foyer Bellevue.

    Le 5 janvier 2017, en dehors de tout cadre officiel procédural, il s'est vu indiquer au commissariat qu'il serait mis fin à sa prise en charge car sa minorité n'était pas reconnue.

    Le 6 janvier 2017, M. Denko Sissoko s'est jeté du 8è étage du foyer pour, d'après son entourage, échapper à la police.

    Aujourd’hui, les parents de Denko Sissoko Bagou et Dialy Keita Cultivateurs demeurant à  Dindanko (Mali) , représentés par Maitres Emmanuel Daoud et Clarisse le Corre, avocats au barreau de Paris, et par Maître Metidji-Talbi, avocate au barreau de Reims, ont saisi le Tribunal de grande instance de Châlons-en-Champagne par une plainte contre X pour homicide involontaire, mise en danger de la vie d'autrui et non-assistance à personne en danger.

    Mineur isolé de 16 ans, il apparaît que M. Denko Sissoko, a été maintenu pendant les trois mois qu’ont duré l’évaluation de sa minorité, dans une situation précaire minimaliste, sans suivi ni accompagnement effectif sur le plan éducatif, médical ni psychologique, et a souffert d’un déficit de mesures visant à garantir sa sécurité.  

    Les conditions d’accueil et de suivi des jeunes migrants au sein du foyer Bellevue,  se caractérisent en effet par plusieurs défauts :

    -       de sécurité : hébergés dans un quartier sensible et dans la compagnie d’adultes en grandes difficultés sociales, les jeunes ne sont pas supervisés la nuit et ne disposaient pas au moment de la mort de Denko, de numéro d’urgence.

    -     d’encadrement médical : les mineurs en difficultés sanitaires et psychologiques, tels que M. Denko SISSOKO, ne font l’objet d’aucun suivi particulier et rencontrent même des difficultés d’accès aux soins.

    -       d’encadrement et de suivi éducatifs et pédagogiques : par choix politique, la structure d’accueil n’emploie que 4 éducateurs pour 73 mineurs. Durant les mois d’attente de l’évaluation, ceux-ci ne bénéficient d’aucune scolarisation ni de cours de français. Leur sortie de dispositif est mal préparée : le jour même du refus de prise en charge, ils sont remis à la rue sans solution d’hébergement.

    De telles conditions d’accueil et d’accompagnement contribuent à créer une instabilité psychologique ainsi qu’un état d’anxiété permanent – anxiété renforcée par l’intervention répétée de la police des frontières à l’intérieur du foyer, au petit matin, pour expulser ou arrêter les jeunes en fin de prise en charge. 

    Plus encore, ces conditions d’accueil et d’accompagnement contreviennent en tous points aux dispositions applicables en matière de protection de l’enfance et de protection des mineurs isolés étrangers et sont constitutives d’une faute au sens de l’article 221-6 du code pénal.

    Enfin, la suspicion généralisée au sujet de la minorité de ces jeunes, systématiquement soupçonnés de tricher sur leur âge, renforce encore leur fragilité psychologique, alors même que leur rêve s’abîme sur une réalité française bien éloignée de l’image de la patrie des droits de l’homme. Denko SISSOKO n’a pas menti sur son âge et ses papiers n’ont pas été falsifiés.

    Ce défaut d’encadrement et de suivi, cette suspicion de laquelle il a fait l’objet, ont eu des conséquences dramatiques sur l’état psychique de  M. Denko SISSOKO, lequel, en dépit de sa minorité et de son instabilité, n’a fait l’objet d’aucune protection particulière, tant médicale qu’éducative ou sécuritaire, ce qui caractérise de fait, le lien de causalité entre la faute et le décès de M. Denko SISSOKO.

    En déposant plainte, les parents de Denko Sissoko, entendent  situer les responsabilités de celles et ceux qui ont délaissé Denko, lequel, en sa qualité de mineur, n’était pas en mesure de se protéger, et,  par devant, dénoncer les conditions de travail minimalistes et indignes des éducateurs qui encadrent ces jeunes. 

    Pour les associations de défense des droits qui accompagnent les parents dans leur démarche, il ne s’agit en aucune façon d’instrumentaliser leur douleur. Sissoko Bagou et Dialy Keita, libres de leur choix, souhaitent eux-mêmes vivement faire la lumière sur les circonstances de la mort de leur fils. En effet, le suicide est un phénomène rare au Mali et ils connaissaient bien Denko, ils refusent la cause du suicide qui a été privilégiée. Les associations espèrent quant à elles, que la justice statue et contraigne les institutions à mieux s’inscrire dans le cadre de la protection de l’enfance pour tous les Mineurs Isolés Etrangers, faisant ainsi en sorte que Denko SISSOKO ne soit pas mort pour rien.

     

    Contacts Presse :

    Mohamed KONE 07 82 67 34 99 / Marie-Pierre BARRIERE 06 79 50 29 87

    Photo Copyright L'Humanité http://www.humanite.fr/les-jeunes-etrangers-isoles-sont-places-dans-une-situation-de-torture-psychologique-630170

  • Des nouvelles de Didinko, le village de Denko SISSOKO

    Communiqué de presse RESF 51 du 6 Février 2017

    Voilà un mois que Denko SISSOKO est tombé du 8ème étage du SAMIE à Châlons-en-Champagne, victime d’une politique migratoire injuste et inhumaine. 

     

    Denko papa.jpgSon cercueil est arrivé à Didinko le jeudi 02 Février 2017 à l'aube accompagné par son oncle. Denko a été inhumé dans la dignité que certains refusaient de lui accorder. 

    Ses parents en dépit de leur détresse et la peine que peut causer la mort d'un fils, tiennent à remercier tous ceux qui ont contribué à la collecte pour le rapatriement. Ils veulent assurer toutes ces personnes de leur gratitude infinie pour l'acte qui restera gravé dans leur cœur et dans leur esprit. 

     

     

    Denko maman.jpgVoici les mots de sa maman : 

    « Denko avait quitté le village dans le seul espoir d'aider les siens car c'est en cela que sa vie allait avoir un sens. Le départ d'un enfant est une déchirure, l’inhumer revient à enterrer une partie de soi-même. Mais vivre tout le reste de sa vie en se disant qu'il est mort loin de nous et qu'on ne peut même pas lui dire au revoir une dernière fois mine toute notre existence et nous détruit. Nous vous remercions de nous avoir évité cela.» 

     

    Denko famille.jpgNous nous joignons aux parents de Denko pour remercier l’ensemble des donateurs de la collecte « Un geste pour Denko » grâce auxquels il a pu être dignement rapatrié et inhumé parmi les siens. 

     

    Nous ne savons comment exprimer notre indignation face au refus des autorités françaises et maliennes de se charger du retour du corps. Ce refus est bien la traduction pour nous, du mépris dans lequel on tient ces jeunes migrants qui ont quitté un pays qui ne les aidait pas, faute de moyens consacrés au développement et à l’éducation, pour venir en France où l'influence délétère d'un discours xénophobe et le manque de volonté politique engendrent la maltraitance. La réussite de ces jeunes qui ont tant risqué pour venir ici doit être au cœur d’un projet de société, d’un projet de civilisation !

     

    Quand les autorités vont elles se décider à œuvrer ensemble pour leur reconnaissance, la stabilisation de leur âge et de leur identité par un Etat civil digne de ce nom, une prise en charge ici en dépit de la barre fatidique de la majorité, et pour leur donner un avenir qui ne soit pas précaire ni semé d’obstacles administratifs ?

    Faut-il que ces jeunes meurent pour que l’Etat français valide sur un acte de décès, la date de naissance les établissant comme mineur?

    Nous continuerons à nous battre sans relâche pour faire la lumière sur la mort du jeune Denko, et pour alerter et assurer une prise en charge et un avenir dignes à ses semblables, victimes de choix politiques inhumains, court-termistes et irresponsables.

     

    Nous pensons aux éducateurs des structures de prise en charge de ces jeunes MIE qui font au mieux leur travail dans des conditions  précarisées par des budgets volontairement restreints.

    Nous apportons notre soutien total à Ibtissam BOUCHAARA, l'éducatrice que   La Sauvegarde veut licencier  pour avoir dénoncé les conditions d'accueil de ces jeunes et nous réjouissons avec elle de la solidarité manifestée à son égard depuis une semaine, notamment au travers de la pétition qui recueille plus de 6000 signatures à ce jour.

    Sa cause est désormais liée à celle des Mineurs Isolés Etrangers. Nous serons à ses côtés vendredi 10 février devant les locaux de la Sauvegarde à 9h à l’occasion de la réunion des représentants du personnel en vue de son licenciement.

     

    Les Membres du RESF 51

     

    Contacts presse : Marie-Pierre BARRIERE 06 79 50 29 87 Catherine TANGUY 07 76 79 45 10